Face à l’urgence climatique, le décret tertiaire s’impose comme un pivot législatif majeur pour les propriétaires et les locataires de bâtiments à usage professionnel. Quels acteurs sont impliqués et quelles sont leurs obligations ?
Le décret tertiaire, officiellement nommé « Dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET) », a été instauré pour inciter à une baisse conséquente de la consommation d’énergie dans les secteurs tertiaires. Voté dans le cadre de la loi ELAN de 2018 et appliqué via le décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019, il fixe des objectifs de réduction énergétique ambitieux pour 2050. Ce texte législatif concerne une large gamme d’acteurs économiques et pose des exigences précises. Comment savoir si vous êtes concerné et quelles mesures adopter pour se conformer à la loi ?
Compréhension du champ d’application
Le décret tertiaire couvre un large spectre de bâtiments et locaux à usage tertiaire, c’est-à-dire des espaces alloués principalement à des services ou activités non industriels. Cette réglementation cible spécifiquement tout bâtiment ou local ayant une surface utile supérieure ou égale à 1 000 m². Cette définition inclut une variété de structures telles que les bureaux, les commerces, les hôtels, ainsi que les établissements d’enseignement, soulignant l’ambition du décret de généraliser les pratiques d’efficacité énergétique à travers un large éventail de secteurs tertiaires.
Le décret tertiaire, également connu sous l’acronyme DEET, impose des exigences strictes de réduction de la consommation énergétique pour les bâtiments à usage tertiaire de 1 000 m² et plus. Toutefois, le cadre réglementaire prévoit des exceptions pour certaines catégories de bâtiments, prenant en compte leur usage spécifique ou leur fonction sociale.
Les constructions provisoires sont une des principales exceptions à ce décret. Cela concerne les structures montées pour répondre à des besoins immédiats et temporaires, telles que les bâtiments de chantier ou les installations pour des événements. Leur nature non permanente justifie l’exemption, considérant que l’investissement dans des mesures d’efficacité énergétique ne serait pas rentable ou réaliste sur le court terme. En outre, les lieux de culte, en raison de leur importance culturelle et communautaire, ainsi que les structures dédiées à la défense et à la sécurité civile, comme les casernes de pompiers ou les installations militaires, sont également exemptés. Ces bâtiments ont souvent des exigences architecturales ou opérationnelles qui les rendent incompatibles avec les standards habituels de performance énergétique imposés par le DEET.
Ces exceptions visent à équilibrer l’objectif de réduction de l’empreinte énergétique avec la préservation des fonctions essentielles et du patrimoine culturel. En reconnaissant et en adaptant les régulations à la diversité des types de bâtiments et à leurs usages spécifiques, le décret tertiaire cherche à être aussi inclusif et efficace que possible sans compromettre la sécurité ou la valeur sociale de structures clés.
Obligations découlant du décret
Selon le décret, les bâtiments concernés doivent atteindre une réduction de leur consommation énergétique finale de 40% d’ici 2030, 50% d’ici 2040 et 60% d’ici 2050, par rapport à une année de référence qui ne peut être antérieure à 2010. Deux approches sont possibles pour atteindre ces objectifs : la réduction proportionnelle mentionnée ou l’atteinte d’un seuil de consommation défini pour chaque type d’activité. Ces mesures obligent les gestionnaires des bâtiments à investir dans des solutions d’efficacité énergétique, telles que l’amélioration de l’isolation, l’installation de systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) plus efficaces, et l’adoption de technologies de gestion énergétique intelligente.
Suivi et rapport des progrès
Pour assurer l’efficacité des mesures stipulées par le décret tertiaire, un cadre de suivi rigoureux a été mis en place. La collecte et la communication des données de consommation énergétique sont au cœur de ce dispositif. Chaque année, les responsables des bâtiments tertiaires doivent mesurer leur consommation d’énergie et la rapporter via la plateforme OPERAT. Cette plateforme est gérée par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), garantissant ainsi un traitement centralisé et professionnel des données.
L’obligation de transparence imposée par ce système de rapportage vise plusieurs objectifs. Premièrement, elle permet de vérifier que les propriétaires et les locataires de ces bâtiments prennent effectivement les mesures nécessaires pour réduire leur consommation d’énergie. Deuxièmement, cela facilite l’évaluation de l’efficacité des stratégies d’économie d’énergie mises en œuvre, en fournissant des données comparatives d’une année sur l’autre.
Enfin, ce suivi continu contribue à l’effort national de transition écologique, en alignant les pratiques sectorielles avec les objectifs de durabilité et d’efficacité énergétique à plus large échelle.

En somme, le décret tertiaire représente un levier législatif significatif dans la lutte contre le changement climatique, imposant aux acteurs du secteur tertiaire une révision profonde de leur gestion énergétique. Tous les gestionnaires de bâtiments concernés doivent donc prendre des mesures proactives pour assurer la conformité avec les exigences réglementaires, sous peine de sanctions. Ce faisant, ils ne participent pas seulement à un effort collectif mais positionnent également leurs actifs pour une plus grande compétitivité future.
